Partie vers 22h de Manille la veille au soir, c'est vers 6h/7h que j'arrive samedi matin à Banaue, ville montagnarde en pays Ifugao. Les nuits ne sont jamais très reposantes dans un bus, c'est pourquoi je m'octroie une bonne sieste récupératrice (j'ai un immense dortoir pour moi toute seule!). Alors que je glâne quelques infos à l'Office du Tourisme, j'y rencontre deux françaises, Alice et Patricia. Je me joins à elle afin d'effectuer une première marche au travers les rizières en terrasse reliant le Viewpoint de Banaue à la ville de Banaue elle-même (à savoir 3h de marche). Pour cela, nous sommes accompagnées d'un guide, Winston, indispensable pour trouver le chemin qui s'avère périlleux sur les minuscules rebords des rizières en terrasse. Mais quelle vue!!! C'est absolument somptueux! Je ne peux m'empêcher de penser que je suis en train de marcher sur un site classé 8ème Merveille du Monde! En effet, ces rizières en terrasse, vieilles de 2.000 ans, figurent sur la liste du Patrimoine Mondial de l'Unesco. Vrai ou faux, il paraît que si on les mettait bout à bout, elles encercleraient la moitié du globe (à savoir 20.000 kms). Elles déferlent donc sur les montagnes comme des drapés de couleur verte. Dans cette région (car chaque zone a son propre timing), la plantation s'effectue en février et la récolte en juillet. De juillet à septembre ils nettoient les terrasses, puis en décembre ils préparent la terre pour la plantation. Les mois les plus beaux sont donc mars et avril, tandis qu'actuellement les terrains sont généralement au repos. Mais cela reste subjuguant... Dimanche, nous repartons pour 2 jours de marche au travers les montagnes et d'autres rizières en terrasse. Cette fois-ci, un autre guide nous accompagne, Charles (car ils effectuent des roulements). Nous partons de Kanikin afin de rejoindre le village de Cambulo, ce qui représente 4h de marche. Eh dire que les habitants de ce village doivent faire cette "route" à pied dès qu'ils doivent se rendre en ville!... Le chemin est parsemé d'éboulements de terrain dûs aux fortes pluies qui eurent lieu 4 semaines auparavant. Tandis que nous effectuons une pause déjeuner dans le village de Cambulo, une pluie diluvienne commence à tomber. Et c'est ainsi que nous arrivons 2h plus tard au village de Batad, bien trempés et refroidis. Mais nous sommes récompensés de nos efforts, car la vue sur ces rizières en amphithéâtre est saisissante!!! Quel bonheur!... Après une bonne "douche" chaude (eh oui, je ne résiste pas à la tentation de demander qu'on me fasse bouillir de l'eau!) et un bon plat dans le ventre (hum, une "pizza"... façon locale!), la nuit promettait d'être bonne avec la fatigue de cette bonne journée de marche... C'est pourtant vers minuit que je me fais réveiller en sursaut par des portes qui claquent, des rafales de vents et de pluie. J'essaie de sortir pour récuperer mon linge étendu sur le balcon, mais la porte a été verrouillée de l'extérieur... 5h plus tard, je ne dors toujours pas, et la pluie ne cesse de tomber!... Lundi, c'est donc apres une très courte nuit de sommeil que j'émerge. Nous apprenons qu'il s'agissait en fait d'un typhon (le guide nous dit qu'ils en ont 4 par an en moyenne... et il faut que ça tombe sur nous justement quand on est dans ce sublime endroit!...). Ils en avaient parlé à la radio, mais le guide ne nous avait pas communiqué l'information, espérant que le typhon arrive le lendemain... L'orage de pluie ne cesse de tomber, et nous devons renoncer, ainsi que nous devions le faire initialement, à aller voir une cascade (de toute façon, vu la pluie qui tombe depuis la veille, il y en a partout des cascades désormais!), et à la visite de Bagaan (un autre village avec de jolies rizières en terrasse). En effet, le chemin est devenu trop dangereux. Je les crois volontiers vu le nombre d'éboulements que nous avons vu hier! Nous quittons donc Batad sous une pluie diluvienne. Le chemin que nous empruntons aujourd'hui s'est transformé en ruisseau (au bout de 5 minutes nos tennis sont complètement mouillées), tandis que les ruisseaux se sont transformés en véritables cascades. Arrivés à la "jonction", nous prenons une jeepney (minibus locaux) qui nous amène jusqu'au premier éboulement de terrain qui barre la route. Puis un tricycle (genre de sidecar local) nous conduit jusqu'au second éboulement (pas très rassurant celui-là!), et nous reprenons enfin une autre jeepney qui nous amène cette fois-ci jusqu'à la ville de Banaue. C'est, une fois de plus, trempée jusqu'aux os et bien refroidie que j'arrive à mon hôtel qui, (ô comble! vu la pluie qui tombe dehors..) n'a plus d'eau dans ses tuyaux!!! Après demande, on m'apporte gentillement une bassine d'eau avec un engin pour la faire réchauffer... Bref, de quoi me préparer une bonne petite douche! Tandis que je me couche, la pluie n'a toujours pas cessé de tomber... Mais cette fois-ci, ma nuit sera bonne! Malgré ce typhon, cette pluie torrentielle et ces nuages qui trop souvent nous bouchaient la vue, cela restera paradoxalement un souvenir magnifique, mémorable, et fort amusant. Et puis j'étais quand même sur la 8ème Merveille du Monde! ;-) Mardi, j'attrape une jeepney pour aller jusqu'à un autre village de montagne, Sagada, qui se trouve à 4h de trajet. La route s'avère une fois de plus fort cahotique! En effet, elle est toujours en construction, et il n'y a que quelques parcelles qui sont goudronnées (100m sur la moitié de la route, puis rien, puis à nouveau 100m sur l'autre côté de la route, etc...). Pendant le trajet je sympathise avec un Philippin qui me donne pleins de bons conseils sur les choses à voir. Je discute également avec une Philippine d'un de ces villages, qui me dit de faire attention la où je vais, car ce ne sont parfois pas de bons catholiques et donc des gens dangereux... Il faut dire que le village de Sagada est réputé pour ses fameux cercueils suspendus aux rochers ou entassés dans des grottes... Pratique ancestrale qui a peu à peu disparue avec l'avènement du Christianisme. Pour aller observer cette curiosité locale, je me fais accompagnée par un guide, Nestor. Les cercueils sont de la taille d'un enfant car ils positionnent les corps des défunts en forme de foetus. A l'entrée de la Grotte de Lumiang se trouvent ainsi bien entassés une centaine de cercueils. Etonnant! Après cela, nous nous rendons dans une autre grotte, non mortuaire. Il s'agit de la Grotte de Sumaging. La première partie est très glissante, tandis que pour la seconde partie de la visite, l'on doit s'enfoncer dans la grotte en marchant sur les formations calcaires sur lesquelles s'écoule un fort courant d'eau. Heureusement, les pierres sont râpeuses et donc non glissantes, mais cela reste impressionnant car il faut parfois descendre des parois assez hautes. Impossible pour moi de rester au sec (car avec le typhon, il y a beaucoup plus d'eau que d'habitude me dit mon guide...). J'avoue avoir la trouille pour mon appareil photo! Heureusement, je peux lui confier mon matériel, et il me sert même d'échelle humaine pour descendre jusqu'en bas! J'ai visité beaucoup de grottes dans ma vie, mais j'avoue que cette visite ne ressemble pas aux autres! En France ils nous interdiraient l'accès de cette façon et auraient mis des escaliers partout! Par ailleurs, ici il n'y a pas de touristes, ni de lumière (c'est pourquoi le guide nous éclaire avec son indispensable lampe à kérosène)... Bref, c'est original! Le soir, je retombe dans un restaurant sur un groupe de français que j'avais croisé à Manille. Eh oui, il y a si peu de touristes qu'on se repère vite! A Sagada, tout ferme très tôt en soirée. Il ne me reste qu'à aller dormir... Je vais devoir retourner dans ma chambre glauque qui sent si mauvais... Mercredi, je retrouve mon guide afin d'aller faire une brève balade jusqu'à l'Echo Valley. On peut y voir d'autres cercueils suspendus aux rocs de cette vallée, dont le plus récent date de l'été dernier. J'apprends qu'au comble de l'ironie du sort, un Italien est décédé ici il y a quelques mois en glissant alors qu'il se baladait avec un guide non agréé afin d'observer ces fameux tombeaux (histoire que me confirmera quelqu'un d'autre...). Autant vous dire que je surveille chacun de mes pas!... J'attrape ensuite un bus, direction Baguio, à savoir à environ 7h de trajet sur une route de montagne magnifique, une fois de plus. En effet, cette route de la Cordillière, très haute, nous offre une vue plongeante sur ces diverses plantations en terrasse qui cisèlent les pans des montagnes. Car la Province de Benguet est la première région productrice maraichère du pays. J'enrage simplement de ne pas être du bon côté du bus la plupart du temps pour prendre des photos (les rares moments où je suis du côté de la vallée, celle-ci devient nuageuse ou les vitres du bus sont mouillées... argh!). Ma première impression lorsque j'arrive à Baguio, est que c'est une ville grouillante de monde! Ma chambre d'hôtel est glauque, une fois de plus... Mais bon, on s'habitue! Jeudi, j'avoue ne pas savoir par où commencer pour visiter cette capitale de province, qui ne présente pas grand intérêt visiblement, mais me sert surtout de ville-étape sur mon parcours pour rejoindre les Hundred Islands. Renseignements pris, les bus directs pour Alaminos ne partent que l'après-midi, c'est pourquoi je décide d'écourter mon séjour à Baguio sur une seule matinée afin de prendre mon bus vers 13h. Je profite de ces quelques heures pour visiter un petit musée et traverser le Citymarket, immense marché de la ville dans lequel les vendeurs sont regroupés par activités (par exemple, les "tailleurs d'uniformes" ou les "brosseurs de carottes"). Amusant! C'est ensuite un après-midi supplémentaire que je passe dans un bus (5H dans un car qui ne s'avère même pas direct puisque je dois changer de bus en cours de route finalement!...). Mais c'est une façon de voir du pays, alors cela ne me dérange pas. Car les paysages sont une fois de plus très jolis et variés (je redescends la montagne maraichère, traverse un village de sculpteurs sur bois, puis rejoins la côte avec ses villages de pêcheurs...). J'arrive tout juste à temps à Alaminos pour prendre quelques infos utiles pour préparer mon excursion de demain aux Hundred Islands... Remarques : - J'anticipe vos questions sur la nourriture philippine... Et j'avoue honteusement ne pas encore y avoir goûté! A ma décharge, il n'est pas aisé de trouver un resto philippin car ils ont surtout des snacks, des pizzerias, des restos chinois, japonais ou coréens , etc... Il y a par contre une spécialité locale que je n'aurai pas le coeur d'essayer. Ils font cuire des oeufs de canard lorsque l'embryon est déjà développé d'une dizaine de jours. Il parait que cela regorge de calcium! Mais je n'ose pas imaginer la sensation de croquer un petit oisillon! Beurk! Enfin... Eux, en tout cas, en raffolent et peuvent s'en manger 3 ou 4 d'affilée! - En pays Ifugao, la spécialité locale est de mâcher du bétel, et ce, inlassablement à longueur de journée (les hommes comme les femmes). Pour cela, ils effectuent un curieux mélange en enfournant dans leurs bouches 3 substances: des morceaux de noix, des feuilles, et une poudre blanche. Le mélange des trois, au contact de la salive, devient rouge et colore ainsi leurs dents et leurs lèvres... et les rues par la même occasion car ils crachent régulièrement cette mixture au sol! Lorsque l'on s'adresse à eux, ils ont bien souvent la bouche pleine de bétel, et il devient difficile de comprendre ce qu'ils racontent!!! Leçon du jour : le voyage est un savant mélange de découvertes de paysages et de rencontres avec les traditions locales... |