Lundi, je quitte donc le Lac Toba, direction le sud. Au programme : 16h de bus pour rejoindre Bukittinggi. Heureusement, je sympathise avec deux thaïlandais, Nook et Nukul : je me sentirai moins seule! Lorsque le bus arrive vers 15h, nous nous apercevons qu'il est plein. Il nous faut donc nous entasser dans les places du fond, dans un espace étroit et sur des sièges non inclinables... Eh oui, en cette période de fin de ramadan, la coutume veut que les musulmans aillent fêter cela dans leur famille, c'est pourquoi les transports sont pris d'assaut et les prix grimpent par la même occasion! Finalement nous sommes gâtés comparé à d'autres voyageurs qui feront le trajet sur un tabouret posé au milieu du couloir! Lors d'une halte dans un resto, j'aperçois des hommes qui tentent discrètement de me photographier avec leur téléphone portable. Ce n'est pas la 1ère fois d'ailleurs. Je dois être une curiosité pour eux... Mardi, c'est vers 7h du matin après un voyage assez éprouvant sur une route en très mauvais état qui plus est, que nous arrivons enfin à Bukittinggi, ville qui se situe au milieu de l'île de Sumatra (côte ouest), et à peine plus au sud que l'équateur. Après une bonne sieste, je retrouve Nook et Nukul pour aller faire une ballade sur le marché. Ces deux hommes sont d'une gentillesse et d'une prévenance dignes des gens que j'avais rencontrés en Thailande lors de précédents voyages. Ils ont beaucoup d'humour qui plus est. Cela s'avère fort intéresssant de découvrir un pays asiatique au travers le regard d'autres asiatiques! Mercredi matin, la terre tremble vers 7h30. Cela me réveille, mais, dans mon demi-sommeil, j'avoue ne pas réaliser ce qui se passe et ne pas comprendre pourquoi quelqu'un s'amuse ainsi à faire bouger mon lit!!! Ce n'est qu'en discutant avec les autres personnes que j'apprends qu'il s'agissait en fait d'un petit tremblement de terre : assez banal ici, mais une première pour moi! Bref... Aujourd'hui je pars avec mes deux acolytes faire une excursion à la découverte de la culture Minangkabau. Notre guide, Anthony, est un homme très blagueur. Les maisons ici sont magnifiques avec leurs toits recourbés rappelant les cornes de buffles. Dans la culture Minangkabau, la tradition ancestrale privilegie les femmes. La femme est sédentaire, propriétaire et héritière principale, tandis que l'homme s'apparente à son invité, un gestionnaire, un administrateur, à quelqu'un de passage. On hérite ici de mère en fille. On nous explique que la tradition veut que les filles aient leur chambre dans la maison, tandis que les garçons non mariés doivent dormir à la mosquée. Encore d'actualité?... Lors de notre périple, nous visitons ainsi une maison ancestrale vieille de 350 ans. Par contre, le palais ayant brulé il y a quelques mois, il n'en reste plus grand chose... Dommage! Après une halte près du lac Singarak, nous allons voir comment les artisans sculptent les morceaux de bois qui serviront à décorer les façades des maisons traditionnelles. Le soir, nous recroisons Gaëlle, juste le temps pour moi de récuperer les photos de notre treck dans la jungle (ma carte mémoire m'ayant lâché une fois de plus, arghhh!). Jeudi, Nook, Nukul et moi partons pour une excursion dans la vallée d'Harau, avec Aldi, jeune guide tout aussi blagueur. Cette vallée est entourée d'immenses falaises et parsemée de chutes d'eau. Après une ballade dans un cours d'eau, nous nous baignons dans l'une de ces cascades. De retour à Bukittinggi, je me rends avec Nukul vers le canyon "Sianok". En nous promenant, nous atterrissons par hasard dans ces immenses tunnels construits sous la ville lors de la guerre. Puis nous croisons le chemin de Shuwei, un taiwanais accompagné de Kudun, un local. Nous les suivons pour aller observer l'envol de ces immenses chauves-souris au coucher du soleil. Puis le guide nous amène faire une ballade de nuit dans le canyon (alors que nous sommes à peine munis de lampes torches...). Il est passionnant car il connait très bien la flore. Nous traversons plusieurs fois la rivière du canyon, et c'est à cette occasion que je perds l'une de mes sandales qui suivait fidèlement depuis 18 ans! Snif et resnif!!! De retour en ville, nous allons partager une pizza. Nous sommes tous les quatre de 4 nationalites et de 4 langues differentes (thaïlandais, taïwainais, indonésien et français). Et nous voilà là, à parler ensemble en anglais pour partager nos cultures et nos expériences; et je me dis qu'il n'y a que ce type de voyage qui permet ainsi ce genre de rencontres et de vivre de si jolis moments... Vendredi, mes deux amis thaïlandais quittant la ville aujourd'hui, c'est accompagnée de Roni, le gars de l'hôtel, que je prévois de me rendre au lac de Maninjau. Mais il me propose tout d'abord d'aller observer la fameuse fleur rafflesia, car il y en a une d'ouverte. Pas spécialement jolie, elle est surtout connue pour être la plus grande fleur du monde, dont le processus de floraison dure 9 mois, mais qui ne s'ouvre que quelques jours. Roni me propose par la suite d'aller "voir" l'équateur, mais une pluie diluvienne nous stoppe en chemin. Puis il me laisse en chemin chez un de ces amis. J'avoue ne pas comprendre ce qui se passe, mais la conversation est intéressante et c'est pour moi l'occasion de pénétrer dans le salon d'une maison (plutôt kitsch il faut l'avouer!). En fin d'après-midi, Roni m'amène enfin au lac Maninjau. La route (36km) en moto -de nuit et dans le brouillard- s'avère assez longue. Enfin arrivée à l'hôtel, je sympathise avec Gaby, une autrichinne venue faire quelques mois d'étude à Java. Samedi, nous nous baignons dans ce lac au courant assez chaud car des sources d'eau chaude se déversent dedans. L'après-midi, nos ambitions d'effectuer une ballade sont avortées par une pluie diluvienne qui s'abat pendant quelques heures... Inondations garanties! Je réussis tout de même à attraper un bus pour retourner sur Bukittinggi. Dans le car, on peut enfin observer les musulmans manger en journée, car le ramadan s'est terminé hier (avant-hier pour d'autres, allez comprendre!). Il s'agit désormais de ma dernière nuit sur Sumatra, car demain je m'envole vers Bali, île qui ne fait pas rêver que les étrangers à en voir la réaction des indonésiens dont les yeux s'illuminent lorsque je parle de ma future destination!... Quelques remarques : > Dans ce pays où les ordinateurs n'ont pas encore vraiment fait d'intrusion (d'ou mon problème pour mettre à jour mon blog), les téléphones portables rencontrent eux un succès fou! Tout le monde semble équipé d'un mobile, assez performant qui plus est (appareil photo, vidéo, etc...). > Il m'est difficile de bien dormir les nuits, car elles sont très bruyantes entre les divers appels à la prière provenant des nombreuses mosquées (surtout en pleine période du ramadan), les chiens que cela fait hurler, les chats qui se battent, les coqs qui chantonnent, le ressac de l'eau quand on dort près du lac, la circulation et les klaxons... > Les gens n'aiment pas la police car celle-ci est corrompue et ne les arrêtent que pour obtenir des bakschich... à négocier! > Les Indonésiens sont d'une zénitude épatante au volant. Rien à voir avec le stress et l'agressivité des chauffeurs en France. Ceux-ci n'utilisent le klaxon que pour prévenir qu'ils vont doubler, et ne s'énervent pas lorsqu'un véhicule arrive en sens inverse sur leur voie, ou leur coupe la route. Par contre, cela ne leur fait pas peur de doubler une voiture qui est elle-même en train de doubler une moto, tandis qu'un autre vehicule arrive en sens inverse ou que la visibilité est mauvaise... > Ici, le permis s'achète auprès de la police. De toute facon, pas de code de la route puisqu'il n'y a aucun panneau de signalisation! > Les hommes tentent parfois des approches discrètes et maladroites avec les étrangères, car ils rêvent de se caser avec une "western girl". A ce qu'on m'a raconte, les hommes étrangers sont tout autant sollicités par les familles qui tentent de caser fille ou soeur avec des occidentaux... > Ici, on n'est jamais seul : pas vraiment l'occasion de bouquiner ou d'écrire, car on est fréquemment aborde par des locaux qui viennent volontiers à votre rencontre pour faire votre connaissance... La frustration se lit sur leurs visages lorsqu'on ne parle pas l'indonésien et eux pas l'anglais, par contre, lorsqu'ils parlent l'anglais, ils se font une joie de pouvoir communiquer avec vous! Leçon du jour : voyager permet une rencontre à double sens : ce n'est pas uniquement partir pour observer les autres, mais c'est aussi accepter d'être celui qui est observé... |